Émissions de construction : le besoin urgent d’un changement radical dans les pratiques de construction

0
16

Pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux, le secteur de la construction doit réduire considérablement ses émissions de gaz à effet de serre, de plus de 90 % au cours des deux à quatre prochaines décennies. Ce n’est pas seulement une question de planification future ; il s’agit d’une condition essentielle pour maintenir le réchauffement climatique en dessous du seuil de 2°C défini dans l’Accord de Paris. Le défi est immense, compte tenu des déficits actuels de logements dans les principales économies, mais il est réalisable.

L’ampleur du problème

À l’échelle mondiale, la construction représente 10 à 20 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre, en grande partie dues à la production de ciment. Cependant, de nombreuses villes et pays ne disposent même pas d’estimations de base de leurs émissions liées à la construction. Ce manque de connaissances rend impossible une planification efficace. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université de Toronto a analysé 1 033 villes, révélant un grave manque de données sur les émissions du secteur de la construction au niveau municipal.

Solutions : efficacité et choix des matériaux

La solution ne consiste pas simplement à passer à des matériaux « verts » comme le bois. Même si le bois peut réduire les émissions par rapport au ciment, sa durabilité dépend d’hypothèses optimistes concernant la croissance de la foresterie. Au lieu de cela, donner la priorité à une conception efficace des bâtiments est plus efficace. La réduction de l’espace gaspillé et des éléments structurels inutiles peut réduire considérablement les émissions.

De plus, les émissions liées à la construction doivent être prises en compte sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment, y compris la consommation d’énergie opérationnelle. Les conceptions qui favorisent la ventilation naturelle et minimisent la consommation d’énergie sont cruciales. Les chercheurs ont découvert que les villes exercent un contrôle important sur les émissions du secteur de la construction, mais manquent souvent de ressources pour les mesurer et les gérer efficacement.

Repenser les priorités en matière de logement

Répondre à la demande de logements grâce à des maisons unifamiliales poussera les villes à dépasser leurs budgets carbone. L’analyse suggère de se concentrer sur les logements collectifs comme alternative plus efficace. De plus, les pays doivent réévaluer leurs priorités en matière de construction. Par exemple, le Canada pourrait accueillir des millions de personnes dans de nouveaux logements sans augmenter les émissions s’il réduisait les projets d’infrastructures pétrolières et gazières.

L’essentiel

La réduction des émissions du secteur de la construction n’est pas négociable si le monde veut atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Les villes ont la capacité d’agir, mais doivent d’abord évaluer leurs émissions, puis mettre en œuvre des changements radicaux dans la conception des bâtiments, les matériaux et les priorités globales de construction. Sans ce changement, même la réduction à zéro d’autres secteurs n’empêchera pas des niveaux dangereux de réchauffement.