Les ruines du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl représentent l’un des environnements les plus hostiles de la planète. Enfermé dans un sarcophage en béton en ruine et protégé par la structure massive du New Safe Confinement, l’intérieur est un labyrinthe noir de débris déchiquetés, de radiations extrêmes et d’instabilité structurelle.
Pourtant, malgré ces conditions mortelles, les scientifiques doivent régulièrement pénétrer dans cette zone. Pour Anatoly Doroshenko, chercheur à l’Institut pour les problèmes de sécurité des centrales nucléaires (ISPNPP), il ne s’agit pas seulement d’un travail : il s’agit d’une mission à enjeux élevés consistant à surveiller une catastrophe qui reste bien vivante.
Les enjeux élevés du travail « interne »
Le rôle de Dorochenko consiste à ramper profondément dans les ruines du réacteur, s’approchant parfois à moins de huit mètres du noyau radioactif. Ces missions sont essentielles pour collecter les données nécessaires à la compréhension de l’état actuel du réacteur, mais elles nécessitent un équilibre épuisant entre vitesse et précision.
La mission est définie par plusieurs facteurs critiques :
– Contraintes de temps : L’exposition doit être réduite au minimum absolu, ce qui signifie que chaque mouvement doit être planifié à l’avance.
– Contrôle de la contamination : Chaque surface est radioactive. Un mauvais contact peut contaminer les vêtements ou la peau, transformant une mesure de routine en une crise sanitaire.
– Obstacles physiques : L’intérieur est un labyrinthe de combustible fondu, de béton et de métal connu sous le nom de corium. Cette substance, formée à des températures de 2 500°C lors de la fusion de 1986, s’est infiltrée dans des formes étranges et permanentes qui rendent la navigation incroyablement difficile.
Protection : la connaissance avant l’équipement
Bien que l’on parle beaucoup des équipements de protection – allant des respirateurs et des gants aux combinaisons multicouches en polyéthylène et aux lourds tabliers en plomb – les experts affirment que l’équipement ne constitue que la deuxième ligne de défense.
“La principale protection pour nous, c’est la connaissance, ce ne sont pas les combinaisons”, explique la chercheuse Olena Pareniuk.
Pour Doroshenko et ses collègues, le véritable bouclier est l’expertise en dosimétrie et le respect rigoureux des protocoles de sécurité. Le poids physique des tabliers en plomb rend les déplacements dans des espaces restreints et encombrés de débris encore plus dangereux, augmentant ainsi le risque de trébuchement ou de chute dans une zone où une seule erreur pourrait être fatale.
Pourquoi nous devons surveiller : la menace des pics de neutrons
Une question centrale demeure : Pourquoi est-il nécessaire de continuer à retourner dans un endroit aussi dangereux ?
La réponse réside dans la nature imprévisible du carburant restant. À l’intérieur du réacteur, des fragments d’uranium et de plutonium continuent de se désintégrer, émettant des neutrons. Si ces neutrons ne sont pas ralentis par l’eau, ils peuvent déclencher des réactions de fission inattendues, provoquant des « pics » d’activité nucléaire.
L’environnement à l’intérieur du réacteur est en constante évolution :
* Niveaux d’humidité : Dans le passé, l’humidité provenant de la pluie et des oiseaux pénétrant dans le sarcophage fissuré contribuait à ralentir les neutrons.
* Le nouveau confinement sécurisé : Avec l’installation de la nouvelle structure plus sécurisée, les niveaux d’humidité diminuent.
* Le risque : Une humidité plus faible pourrait entraîner une augmentation soudaine du flux de neutrons. Les scientifiques ont besoin de données en temps réel pour prédire ces « accidents » avant qu’ils ne se produisent.
De plus, l’intégrité structurelle du site est une préoccupation constante. Le Bouclier biologique supérieur, une dalle de 2 200 tonnes surnommée « Elena », se trouve à un angle précaire de 15 degrés. Un effondrement serait non seulement une catastrophe structurelle, mais soulèverait également d’énormes nuages de poussière radioactive.
Un héritage dangereux
Le travail réalisé par Doroshenko et l’équipe de l’ISPNPP constitue un pont entre la catastrophe de 1986 et la stabilité à long terme du site. À mesure que l’environnement à l’intérieur du réacteur change en raison des nouvelles mesures de confinement, la nécessité d’une présence humaine – malgré les risques extrêmes – devient encore plus critique.
En fin de compte, la mission de Tchernobyl est une course contre la montre et contre la physique : les scientifiques doivent surveiller en permanence un environnement volatile et changeant pour éviter qu’une catastrophe secondaire ne se produise dans les ruines de la première.






















